Si vous dirigez une TPE ou une PME, vous financez déjà la formation professionnelle. La question n’est pas de savoir si vous payez, mais si vous récupérez quelque chose de ce que vous payez. Ce panorama décrit les circuits ouverts à une entreprise en 2026, pour ses salariés et pour son dirigeant.
Ce que vous versez déjà
Toute entreprise employant des salariés acquitte une contribution à la formation professionnelle, assise sur la masse salariale brute et recouvrée par l’Urssaf. Le taux est de 0,55 % pour les entreprises de moins de 11 salariés et de 1 % à partir de 11 salariés. Le franchissement du seuil est neutralisé : une entreprise qui atteint 11 salariés ne bascule au taux supérieur qu’après cinq années civiles consécutives au-dessus du seuil.
Cet argent ne revient pas mécaniquement dans votre trésorerie. Il alimente le système, et une partie vous est accessible — mais seulement si vous la demandez, via votre OPCO.
Former vos salariés : le plan de développement des compétences
Le plan de développement des compétences est le cadre par lequel l’employeur organise la formation de ses salariés. Il n’est pas seulement un outil de gestion : deux obligations légales pèsent sur vous, l’adaptation du salarié à son poste de travail et le maintien de son employabilité. En cas de contentieux, leur non-respect peut se traduire par des dommages et intérêts au profit du salarié.
Le levier concret pour une petite structure est l’OPCO. Les entreprises de moins de 50 salariés bénéficient d’une section financière dédiée, gérée par les opérateurs de compétences, qui permet une prise en charge des coûts pédagogiques du plan. Les entreprises de moins de 300 salariés ont par ailleurs droit à un conseil de proximité assuré par leur OPCO. C’est gratuit, c’est prévu par la loi, et c’est largement sous-utilisé.
Le premier réflexe utile est donc d’identifier votre OPCO — il dépend de votre convention collective, pas de votre choix — et de vérifier ses conditions de prise en charge avant d’engager une dépense, pas après.
L’entretien de parcours professionnel a changé de nom et de rythme
C’est le point que beaucoup de contenus en ligne n’ont pas intégré. L’entretien de parcours professionnel (EPP) remplace l’entretien professionnel. Sa périodicité est désormais de quatre ans, et non plus deux. Le premier a lieu au cours de la première année suivant l’embauche.
Tous les huit ans, un état des lieux récapitulatif doit vérifier que le salarié a bien bénéficié de ses entretiens, a suivi au moins une action de formation, et a acquis des éléments de certification ou bénéficié d’une progression.
La sanction dépend de votre taille. Dans les entreprises de 50 salariés et plus, si le salarié n’a bénéficié ni de ses entretiens ni d’au moins une action de formation non obligatoire sur huit ans, l’employeur doit abonder son CPF de 3 000 €. En dessous de 50 salariés, le risque n’est pas forfaitaire mais contentieux, sur le terrain de l’obligation d’employabilité.
Un point de calendrier à noter : les accords collectifs prévoyant une périodicité supérieure à quatre ans cesseront de s’appliquer au 1er octobre 2026. Si votre branche ou votre entreprise est dans ce cas, le rythme quadriennal s’imposera à défaut de renégociation.
Le CPF n’est pas votre budget
Le compte personnel de formation appartient au salarié, pas à l’entreprise. Vous ne le pilotez pas, mais il vous concerne à deux titres.
Depuis avril 2026, une participation obligatoire de 150 € est due par le titulaire au moment de l’inscription à une formation. Elle a été relevée par le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026. Le salarié peut demander à son employeur de la lui rembourser, mais l’employeur n’est pas tenu d’accepter.
Second point : vous pouvez abonder volontairement le CPF d’un salarié pour co-financer un projet qui vous intéresse. C’est un usage marginal en pratique, mais c’est un outil disponible.
Vous former, vous : les fonds d’assurance formation
En tant que travailleur non salarié, vous versez une contribution à la formation professionnelle distincte, calculée sur le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS) et réglée à l’Urssaf à l’échéance de novembre :
- 0,25 % du PASS pour les commerçants et les professions libérales ;
- 0,34 % du PASS si votre conjoint a le statut de conjoint collaborateur ;
- 0,29 % du PASS pour les artisans.
Cette contribution ouvre droit à une prise en charge par votre fonds d’assurance formation (FAF), déterminé par votre activité : AGEFICE pour les dirigeants non salariés du commerce, de l’industrie et des services, FIF PL pour les professions libérales, FAFCEA pour les artisans, VIVEA pour les exploitants agricoles. Chaque FAF fixe ses propres plafonds et critères annuels — ils ne sont ni harmonisés ni stables d’une année sur l’autre.
Le crédit d’impôt formation dirigeant n’existe plus
À vérifier avant tout calcul : le crédit d’impôt pour dépenses de formation des dirigeants, prévu à l’article 244 quater M du CGI, ne s’applique plus depuis le 1er janvier 2025. La loi de finances pour 2026 (article 17, I-16°) a procédé à son abrogation formelle, et l’administration fiscale a retiré ses commentaires doctrinaux en mai 2026.
Ce point mérite d’être signalé car de nombreux sites continuent d’afficher un montant récupérable pour 2026. Ils se trompent, et l’erreur porte sur une ligne de votre liasse fiscale.
Ce qu’il faut retenir
Les circuits sont cloisonnés : contribution légale et OPCO pour vos salariés, CFP et FAF pour vous. Ils ne communiquent pas, et chacun a son guichet, son calendrier et ses plafonds. La règle constante est que rien n’est automatique : le financement se demande, en amont, auprès du bon opérateur.
À surveiller dans les mois qui viennent : l’échéance du 1er octobre 2026 sur les accords de périodicité des entretiens, et les critères annuels de votre FAF, qui se révisent chaque début d’année.
Cet article présente l’état des textes à la date indiquée. Il ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal.